- Loreleï ?... Tu l'as vu là-bas ? Tu es sûr que c'était bien elle ? Non, je te crois pas... je la connais, moi... Elle ! S'éloigner si loin de ses terres... Non,
impossible !
- Pourtant, c'était elle, je t'assure ! Je l'ai reconnue ! D'ailleurs, si tu n'me crois pas... Viens, suis moi... On devrait pourvoir retrouver sa trace.
- Bon sang, mais qu'est -ce qu'on attends ! Je te suis !
Et nous voilà partis, en courrant. Aujourd'hui c'est toi mon guide, tu es le regard, ce sont tes yeux qui voient au-delà. Moi, je l'aime trop. je suis aveugle. Inapte à la protéger d'elle-même...
Pourtant, c'est pas nouveau. J'aurai dû remarquer... Mais elle me réponds dans un rire... Et elle a tellement l'air d'avoir besoin de ça... Juste pour pouvoir survivre. Que me cache t'elle, à la
fin ?
Et toujours :
- Dis moi, ma belle : tu as pensé à manger aujourd'hui ?
Elle me réponds dans un sourire malicieux, irrésistible : " J'y ai pas pensé, j'avais pas faim et puis y'avait rien et puis j'avais pas envie... Va falloir que j'y pense... Je commence à crever
la dalle, là. Mais j'ai pas le temps, tout de suite, on verra plus tard."... Et elle part faire toutes ces choses, indispensables, vitales... Si, si...
Et l'autre jour, avec son médecin désabusé :
- Et vous voyez votre cardio régulièrement ?
- Ben, j'y suis pas retourné depuis l'opération...
- Vous prenez encore des médicaments ?
- Ben non...
- plus rien ?
- Non...
A quoi joues-tu, mon amour ?... Et ces bains que tu prends, bouillants à en défaillir. Desquels tu ne ressors que transie de froid, grelottante et la peau
complètement abîmée. Et moi, je te laisse faire. je t'observe sans rien dire. Pourtant je t'aime, je crois... Et là, tu es partie dans ce fichu quartier puant. Tu sais que tu vas te faire
démolir, mais t'y vas quand même. Loreleï... Tu vas t'arrêter où ? Et tu veux me dire quoi ? Que cries-tu sans un bruit ?
- Tu es sur que c'est là que tu l'as vu ?
Tu cherches du regard, il fait si sombre... Et l'endroit est tellement sordide. Toi même qui pensais la connaitre, te disais qu'elle avait changé... Tu t'es planté ! Tu ne sais rien !... Et moi
non plus d'ailleurs... Sauf ce qu'elle m'a dit : comme elle hait les apparences... Et les convenances surtout... Et tous ces gens, jugeants dans le vide... Parce qu'ils sont propres eux ! Bien
sur... Tellement propres... Ils aiment tellement y croire... Croire en eux. En leur valeur. Supérieure. Fadaises. Foutaises ! Et malaise... Envie de vomir sur tout ce blanc... Trompeur... Et ces
bonnes et belles consciences.
- Elle est là-bas !
Au détour d'une rue je la vois disparaitre. Accrochée à la taille d'un inconnu.
- Loreleï ! Noooooooooooon ! Attends-moi ! Reviens ! Mais tu vas où ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Loreleeeeeeeeeeeï !
Je cours pour la rattraper.
Ils ont disparu tous les deux dans la nuit.
Loreleï...