Perdu au fin fond de la forêt épaisse et profonde, un imposant monastère oublié... Là, vivaient en reclus quelques moines qui se croyaient bien à l'abri de la vie... Enfin... Quelques moines... Un seul, plutôt... Les autres ayant mystérieusement disparus ou étants décédés dans d'étranges circonstances bien imprécises... Les uns après les autres.
Reste le dernier, pauvre fou isolé, aveuglé de certitudes dépassées, incapable par refus, de sentir les parfums des effluves qui l'entourent... Il a refermé la lourde porte en chêne, clos les fenêtres et les volets, bouché le moindre interstice susceptible de laisser passer la lumière... Il s'est barricadé, loin du monde, de ses tentations, des ses dangers... Eloignant toute image qui pourrait effleurer ses yeux, toute odeur où éventuellement flotte le souffre, tous maux qui puissent sourdre doucement à ses oreilles et surtout, surtout... Toute chair susceptible d'éveiller la sienne.
Et il s'imagine à l'abri... Ce n'est pourtant pas un sot ! Non !... En son temps... C'était l'un des plus grands esprits qui soient, maniant le verbe et les âmes... L'un de ceux qui, naturellement, commandent aux vents et aux démons afin qu'ils suivent sa direction... Capable même de faire se métamorphoser ces derniers en innofensifs anges repentants et implorants, attentifs à ses volontés et ralliés à sa cause... Mais le temps a passé, vieillissant, usé, fatigué, craignant de perdre sa raison au contact de la folie furieuse... Il a abdiqué son pouvoir, rendu leur liberté aux succubes et chassé toutes les pensées impures de la batisse...
...
Mais on ne se débarrasse pas ainsi des furies... Elles sont restées autour du monastère croissant et se multipliant à l'envie. Elles cognent aux ouvertures, leurs hurlements incessants se mélants aux cris déchirants du vent dans les branches et aux sifflements des esprits ravageurs qui secouent la batisse de toutes parts...
A suivre...