De retour à cet isolement. Les pensées s'affolent d'autant plus que tout à côté se trouve une ouverture, pour l'âme... Avec pour contrainte d'abandonner le corps. Pour ce qu'il en reste. Un corps vit aussi... Et meurs... Mais Léa est un ange... Elle ne pourra connaître cette délivrance. Que lui arrivera t'il si elle abandonne cette enveloppe et s'envole vers d'autres mondes ? Se pourrait-il que le résultat soit encore plus désastreux ?... Existe t'il situation plus désastreuse que cette lente agonie ? Du plomb dans les ailes, dans la tête, dans la chair. Affaissée et effondrée. L'esprit glisse lentement.
C'est à ce moment que la porte s'ouvre, un rayon de lumière pénètre dans la pièce. Le moine entre, seul. Il est facile de deviner rien qu'à sa présence qu'il s'agit « du bon ». Il referme derrière lui. Que vient-il faire ici, à présent ? Léa aimerait rassembler ses pensées mais ces dernières la fuient. Quelle attitude adopter, quels mots dire ou ne pas prononcer ? Souhaite t'elle qu'il reste ou qu'il s'en aille ?... A cette dernière question, elle a une réponse... Evidement, dans une telle situation, tout ce qui peut rompre l'isolement, ne serait-ce qu'un instant... Et même si cela avait été l'autre... Et même... Quelque présence que ce soit... Quelque vie, lumière, bruit... N'importe quoi plutôt que cette mort qui ne dit pas son nom... Plutôt que... Cette chose qui est pire encore.
Habituée à ce noir intense, elle le voit sans le voir, le devine, sait exactement où il se trouve... Pourrait presque entendre ses pensées... Mais il se protège et rien ne filtre. Léa s'approche de lui, sans un bruit, le rejoint. Elle pose ses mains sur les siennes. Se colle contre son corps...Le moine trésaille, il ne l'a pas senti arriver. Elle pourrait dans un bond, lui sauter à la gorge et la lui arracher, se délecter de son sang tiède... Et même le garder vivant pour l'avoir plus longtemps à ses côtés. Lui perçoit les réflexions intimes de l'ange qui se dit qu' il est probable que l'autre ignore qu'il se trouve ici, se demande s'il songerait-il à venir l'y chercher... Et même, si cet autre lui-même s'inquièterait-il seulement de son sort ?... Qui est-il exactement ?... Mais ce n'est pas le moment pour de telles pensées et elles s'éteignent d'elle-même.
La douce ne tentera rien maintenant. Elle est soulagée, un peu. Se régénère, de même. Entraine le moine vers un des murs de la pièce, dans un coin. Tous deux, ils se laissent glisser sur le sol, assis. Juste comme ça, sans rien faire d'autre. A cet instant, deux anges dans les bras l'un de l'autre goutent un instant de paix. Dans le silence de la nuit. Toujours.