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Léa, petite sylphide fragile se trouve à la croisée des mondes, flottant entre rêve et réalité, ou bien entre un songe et de nouveaux.

Et elle hésite, suspendue à l'instant, illusoirement protégée dans sa bulle. Autour d'elle les épais brouillards qui l'enserraient et dissimulaient toute visibilité alentour se dissipent ; laissant entrevoir des territoires inconnus, baignés de plus de lumière, mais pour lesquels elle ne possède aucune carte... Comment pourrait-il en être autrement ?... Quel dessinateur extralucide aurait bien pu tracer sur le papier l'emplacement et le dessein de routes encore inexistentes au réel mais traversant déjà sur d'autres plans des contrées inexplorées ?

Aucun néant, nul chaos ne semble hanter ces lieux afin de tenter d' attraper Léa par les chevilles et l'entrainer dans les précipices, mais pourtant des peurs malignes persistent à traverser son âme pour la tourmenter... C'est qu' elles ont pris leurs aises dans cette demeure et s'y trouvent bien. Pourquoi alors s'en iraient-elle voir ailleur s'il existe d'autres marécages plus féconds de vie organiques et inorganiques, de miasmes divers et variés. Bien sur, ce sont des inquiétudes d'autres sortes, d'autres natures, mais...

Comment décrire ces terres inconnues ? Et de quelle façon s'y avancer ? Hé bien, comme toujours : "La meilleure façon de marcher, c'est encore la notre : c'est de mettre un pied devant l'autre et d'recommencer !".

Et puis, des questions agressives se pressent à la porte de son esprit, se bousculant les unes les autres, chahutant, faisant tanguer l'embarcation, se préoccupant peu de la faire chavirer et réclamant avec force une réponse qui ne viendra peut-être pas ou même n'existe pas en tant que réalité concréte et solide sur laquelle s'appuyer : Avoir autant perdu le contrôle (même si c'était délicieux)... Est-ce seulement dû à la certitude de pouvoir s'en remettre au commandant de bord ?... Ou bien existe t'il un risque,même infime, que cela se reproduise ailleur, dans un cadre qui serait parfaitement inaproprié, avec tous les risques et les conséquences que cela comporte ?

Elle s'en doute, certainement vaut-il mieux éviter de renouveler une expérience qui de toutes les façons, ne serait pas transposable en tant que telle. Il faut pour créer tout événement que ce soit une somme d'atômes, de secondes, de sensations, d' ingrédients dosés, milimétrés, renversés, bousculés, inversés... Des milliers de paramètres entrent en compte pour que naisse notre planète et se développe la vie. Un écart d'une pensée où ton coeur se détourne, mes yeux ratent ton regard... Et toute la création de l'univers prend une apparence différente.

La navigation fut agitée sur une mer furieuse où les dieux s'amusaient à danser avec le tonnerre, les éclairs, la pluie et les vent, mais la voyageuse ne regrette rien : une poche de gaz, s'était accumulée dans son coeur, doucement, lentement, à force de temps et de déni de soi, probablement. Le contact d'une étincelle l'a fait exploser, soufflant et ravageant tout son univers au passage. A présent ce trop plein d'énergie est vidé. Tant mieux pour elle, c'est un soulagement. Même s'il s'accompagne de doutes, de :" Je vais où, je fais quoi, maintenant ? Qu'est-ce qui existe d'autre ? A quoi donc ressembleront les autres paysages ? ".

Léa sait devoir redémarrer, sur une route nouvelle, avec ces fichues incertitudes sur elle-même et ses propres forces souterraines, terrifiantes. Avait-elle choisi son chemin avec soin, ou bien, prend-elle le risque de, demain, tout faire voler en éclat sur un coup de tête ou de coeur ?... Sans même chercher à se protéger... Léa et l'autodestruction. Léa et le goût du sang...


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Lundi 28 avril 2008
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