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C'était de ces histoires qui n'arrivent jamais vraiment, de celles que l'on n' imagine pas. Des contes perdus dans l'inconscient collectif, que personne ne songe un instant à écrire et s'inscrivent pourtant quelque part dans les galaxies lointaines. Des secondes d'éternité irréelle où les princesses ont l'esprit troublé et les princes sont des voleurs de raison.
 

Dans une vie ordinaire, une journée qui l'était tout autant, destinée simplement à s'ajouter à celles déjà passées, tellement pâles qu'on les a à peine remarquées ou bien vaines au point de choisir de les oublier. Et puis, par un hasard, une circonstance volant dans l'atmosphère sans vraiment exister, sortant se promener, une fillette découvre, posé sur le pas de sa porte, un diamant noir. Arrivé là, on ne sait comment, ni pourquoi... C'est juste arrivé. Mais cette pierre aux vertus magiques insoupçonnées, brille comme aucune autre et possède l'art de transformer ceux qui la touchent. Au moins en apparence.


Rose est éblouie par cet objet fascinant dont les mille facettes étincellent d'un éclat étonnant. La jeune enfant le prends dans ses mains, pose sur lui son regard naïf, l'observe, sans cesse étonnée de tous ces reflets, de ces quantités d' images émouvantes se dessinant à sa surface dès lors qu'on lui porte attention et surtout, de la richesse qui s'en dégage. La petite fille en est sure, jamais elle n' a vu d'aussi belle pierre. Alors, l'innocente lui construit un autel et l'installe en sa demeure, lui donne une place de choix, la meilleure, au creux de son coeur. Et le séïsme intérieur se produisant à ce moment est étonnant d'amplitude. Tout son univers personnel se métaporphose. C'en est incroyable. Rose est transportée dans un autre monde, tellement différent, se dévelopant et se déployant à l'infini pour offrir à ses yeux d'autres perspectives. Rien n'est plus reconnaissable de ce qui existait. Elle même, surtout, se sent devenir plus grande, plus belle, plus intelligente. Ses paroles, ses pensées autrefois plates et inconsistantes prennent un nouveau sens, une autre dimension, un relief tellement différent. Elle le croit. Se sent exister, plus que jamais auparavant.


Et puis, elle se laisse ennivrer par la délicieuse sensation envahissant tout son être. C'est tellement jouissif ce depassement du soi, cet effacement de ce qu'on ne veut plus voir, de cette conscience si douloureusement aigüe de son insignifiance qu'on souhaite ne plus jamais y avoir affaire. Le diamant noir et ses illusions lui procurent des pics d'émotions inégalés, ravivent sa flamme, jamais elle n'a été aussi éclatante. L'enfant est devenue femme et c'est un tourbillon dans ses entrailles. C'est un passage dans un tunnel sans équivalent, même s'il y aura d'autres chemins, d'autres transformations, d'autres mues difficiles. Ce fut un grand et magnifique voyage aussi, avec ses multiples péripéties et ses avanies. Mais quoi plus beau que les terres de contrastes où le feu cotoie la glace et les chutes vertigineuses succèdent aux plus hauts sommets ? Il faut les avoir entrevues pour savoir...


Mais ce fut également un cheminement épuisant, prenant sur les réserves d'émotions accumulées dans le temps, bien au-delà du raisonnable. Vidant les greniers et les cales, jusqu'au moindre grain, se servant même en combustible dans l'imaginaire lorsque les ressources n'étaient plus, afin d'entretenir encore un peu le brasier, de le faire durer encore et encore, jusqu'à ce que ce dernier aie tout englouti et que plus rien  d'autre ne subsiste qu'un vide intense à l'endroit où il se trouvait. Le feu est éteint. Et le diamant noir a mystèrieusement disparu au cours du périple. Il faut accepter qu'il n'était qu'un révélateur et non la source de l'énergie. Mais cela paraissait tellement plus simple, plus vrai, plus tout, dans son aura.


Il doit bien rester dessous les braises encore chaudes de quoi faire renaitre la flamme. Ce sont les apparences qui ont changé, le fond reste le même... Ce fameux socle dont on ne voulait plus voir les insuffisances... C'est pourtant bien là que se trouve la souce de toutes les possessions intimes. Rien d'autre n'existe que ça et si imparfait soit-il, il faut bien s'en contenter. Le protéger. En prendre soin, le nourrir à nouveau et le faire briller soi-même plutôt que d'en laisser la charge à d'autres. Et là, il faut faire face, se réveiller et naitre à une vie nouvelle...


Mais il faisait si bon être à l'abri dans le ventre du diable.


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Mercredi 30 avril 2008
publié dans : mes textes
 
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