Les yeux fermés sans rien faire d'autre... Surtout ne pas bouger. Goûter l'instant. Arrêter le temps. Et les pensées. Afin qu'elle ne viennent pas créer de parasites...
Mais l'âme est tétue et veut repartir dans le tunnel de lumière. Elle s'échappe une seconde, observe de l'extérieur et voit...
L'ange Léa est seule en réalité dans le monde matériel. Seule. Nulle présence à ses côtés. Le moine ne l'a pas rejointe. Ce n'est qu'un effet de sont imagination. La raison la quitte doucement, l'esprit n'a même pas réalisé que son âme l'avait quitté et l'observait... Se demandant l'intérêt à rester près de ce corps sans raison, perdu dans ses rêves.
Léa sait pourtant que tout ceci est réel, elle ne pourrait pas se sentir aussi bien autrement, accrochée à son bras, ils sont si loin de tout ça, tous les deux. Tout ceci n'est qu'un mauvais rêve. Leurs pieds nus dans le sable, ils longent le mur et se sentent en parfaite harmonie. Il fait bon et le soleil réchauffe leurs peaux. Seuls tous les deux, même au milieu des autres. Puis d'un commun accord, ils décident, après un arrêt et quelques baisers de rejoindre un endroit plus tranquile et se dirigent en riant vers les dunes. Par chance, ils semblent seuls, à ce moment, dans les environs. Adossés à la paroi, réchauffée par le soleil, d'un ancien mur dressé là on ne sait pourquoi, il s'embrassent. Leurs lèvres s'emmèlent. Elle ferme les yeux pour mieux apprécier sa bouche effleurant son cou, lui rends ses baisers, ses caresses... Fonds sous ses mains...
D'un coup Léa rouvre les yeux, observe alentours et dit en riant :
Hé bien, je crois que nous allons attendre, ce n'est pas le bon endroit. On est pas seul. J'ai entendu des voix.
Alors le moine tend l'oreille et écoute, mais il ne remarque rien :
Voyons, c'est bon, y'a personne... Plus tranquille que ça et tu succombes dans la seconde !
Mais il est inutile de plaisanter, Léa est tendue maintenant. Mieux vaut remettre à plus tard. Le jour tombe de toutes façons : « Allons donc manger et après nous rentrerons, nous avons toute la nuit », il l'embrasse sur le front lui prends la main et l'entraine vers ailleur...
Là bas, plus loin, dans le calme des sous-bois. Un repas partagé, allongés sur les herbes. Parfums volatiles et insectes agaçants. Laisser le temps s'avancer un peu plus et entrer en lui. Il passe, solitaire éternel devant nos vies qu'il emporte dans son sillage. La nuit s'approche, descends sur nos sens. Et dans la profondeur du silence qui n'est qu'illusion. Deux âmes, deux corps s'oublient, se reconnaissent. Font reculer l'ignorance et la stupidité. Se moquent de ce qui devrait être. Les barrières, les lois terrestres n'existent plus. Seul compte l'instant de vie. Et sans le savoir, font oeuvre de célébration. Peu importent les règles abhérentes. Ils ont raison, dans leurs pensées et dans leurs gestes.
Ils font l'amour, se serrent, collent leurs peaux. Seuls dans l'immensité. Le reste du monde pourrait bien s'effondrer que cela leur serait égal. Elle se liquéfie sous ses mains, sa bouche. Et lui se sent géant...
Et une vague immense les surpends, s'abattant sur leurs ébats. Les éloigne l'un de l'autre et les emporte au loin. Léa se noie, cherche Malakof du regard. Il a disparu. L'eau entre dans ses poumons la brulant au passage . Elle tousse et crache. S'etouffe. Se débat. Une spirale s'ammorce, un tourbillon l''entraine vers les profondeurs. La peur se fait terreur. Sentiment familier. Impossible de hurler. Le son est vide. Ça tourne, prends de la vitesse, s'enfonce. Nul cri ne parvient à sortir de sa gorge muette.
Et d'un coup. Un choc. Elle tombe. Le sol est dur et glacé. Elle ouvre les yeux. Putain de cauchemar ! Saleté d'angoisse qui la prends. Etourduissement ?
Bon sang, Léa est trempée de sueur, gelée. Une peur panique s'empare d'elle. Perdue dans le noir intense. Il lui faut quelque temps pour réaliser qu'elle se trouve encore au fond de cette satanée cellule.
D'un coup, dans un éclair de lumière... Des yeux... Une gueule immense. Des dents incroyables... Et un effroyable claquement de machoires manque de lui arracher le bras. Elle se regarde, s'observe. Elle n'a rien... Hormis une douleur insoutenable.
Et là... Un horrible hurlement sort d'elle. Léa n'a pas choisi de crier, c'est son corps... La voix est sortie d'elle. C'est la peur, comme une entité propre qui s'est échappée. Un hurlement déchirant. Tel quelle n'imaginait pas pouvoir en pousser. D'ailleur, l'eut-elle voulu, qu'elle n'eut pas su hurler de la sorte...
Et cette voix est tellement puissante qu'elle fait trembler le monastère. Tous l'entendent, les moines, les furies. Ainsi que tous les habitants... Jusqu'aux arbres...