Sale temps pour les Loreleï. C'est l'hiver en été. Et si rien ne parvient à les réchauffer jusqu'où survivront-elles ? Les rivières sont gelées jusque dans les profondeurs, figées sur papier
glacé. Rien ne bouge. Esthétique immobilisme des non morts dormant tout le jour dans leurs luxueux cercueils d'ébène. Viendont-ils la nuit boire un peu de sang à votre gorge ? Juste pour se
nourrir un peu, puisque c'est tout ce qu'il leur reste...
N'entendez donc vous pas ? Leurs hurlements vrillant l'air, sans un bruit. Ne voyez-vous pas ? Leurs cauchemars projetés sur écran géant, sans image.
Mais tout est vain, parait-il. D'ailleurs, votre voisin, le chien de salon, pomponné et apprété vous a probablement expliqué déjà qu'elles n'ont que ce qu'elle méritent. Toutes ces Loreleï,
qu'elles soient de l'enfer ou du bon droit. Féminins masculins, singuliers pluriels pour une même réalité. Hé bien oui, c'est tellement simple. Regardez donc de quelle façon l'évidence miroite
dans la mare brune. Comme elle brille ! Reflet de lune enchanteur et mouvant... Essayez donc de l'attraper !
Car c'est bien de cela qu'il s'agit. La première chose sur laquelle se poseront vos yeux. Si c'est la plus proche, est-ce pour autant la plus tangible ? Ainsi donc les Loreleï n'ont qu'un pas à
faire. Juste un seul ! Qu'elles se lèvent enfin, sortent de leurs cimetières et se dirigent vers la lumière. C'est tout ce qui leur incombe. Simplissime n'est-il pas ?... Qu'attendent-elle donc
alors ?
Car enfin, après tout, qu'importe que le soleil leur brule la peau et les aveugle. Qu'importent la solitude et la terreur de l'inconnu. Qu'importent tous ces chasseurs armés de pieux et d'ail.
Ils n'existent pas, de ce côté, ces désireux de se faire une créature des ténèbres. Juste pour avoir un joli trophée accroché au mur. Ils n'existent pas, non !... Les loreleï les sentent, leur
instinct les prévient, leur mémoire leur rapelle. Mais tout est faux bien sur. C'est impossible ! Qui donc s'en prendrait à l'animal blessé et isolé ? Personne, bien sur !... Ce n'est pas dans
les lois de la nature. Jamais. En aucun cas.
Ainsi donc elle n'ont qu'à s'avancer en confiance. De toute la grace et l'ampleur de leur beauté majestueuse...
Dès lors, il suffira de suivre le filet de sang coulant dans leur sillage pour connaitre leur position. Puis, pour quiconque le souhairera, restera juste à se jeter sur une créature isolée. Dès
qu'elle sera suffisement à decouvert. Ainsi le pseudo guerrier du jours pourra fièrement rapporter à ses proches, un lambeau de chair vaillement obtenu. Et jouir, enfin, d'un prestige renforcé.
Jusqu'à la prochaine fois. Quand ça ? Dans dix ans ? Cinq ? Juste douze mois ? Six, alors ?... Trois ? Quelques semaines ? Des jours ? Cela pourrait-il descendre jusqu'à l'heure ? Ou même encore
moins ?... Jusqu'à la première occasion, vraisemblablement. Car il est un désir d'orgueil, basé sur de fausses apparences, tels qu'il est insatiable. Car comment se rassurer durablement avec des
mensonges ?
Ainsi donc les Loreleï naviguent perpétuellement entre deux mondes. Celui des ténèbres avec ses griffes crochues, mains puissantes et avides. Et l'autre.
Mais c'est de leur faute ! Elles n'ont qu'à passer la frontière...
Cette nuit, une Loreleï a pleuré sur mon épaule. Et moi, pour une fois, je l'ai simplement serrée dans mes bras.