Des textes, des dessins, es photos et un peu de tout
Il y a bien longtemps, dans un monde à la frontière de l'imaginaire et du réel, poussait une large et étrange forêt. De ses arbres majestueux tombaient de multiples lianes pleines de vies.
Un peu perdue dans ce monde si vaste, errait une petite, toute petite, minuscule poupée. Par quel hasard, par quelle magie s'était-elle retrouvé là ? Elle l'ignorait. Mais pendant longtemps, elle se sentit étrangère dans cet endroit. La végétation était trop immense, les branches trop hautes. Et sa voix trop fluette se perdait dans les airs.
Puis, doucement, la poupée commençait à trouver ses marques. Elle n'était plus si invisible. Prenant connaissance des lieux, elle avait appris à voir, à reconnaitre, que là se trouvait une prise, ici une autre. Peut-être avait-elle grandi ? Elle était plus à l'aise, et parvenait mieux à se mouvoir. S'étant enfin apprivoisée, elle commençait à jouer avec les écureuils, puis les ombres et enfin, les loups.
Et justement, un jour, la voici partie dans un jeu. Cachée dans les fourrés, puis dans les hautes herbes elle saute au cou de La Louve. La plus belle, la plus grande qu'elle ait jamais vu sur ces terres. La plus douce, aussi. Elle se glisse entre ses pattes, lui grimpe sur le dos, la chahutte. Tombe. Se relève. Lui cours après. Lui tire les moustaches, les oreilles. Prend au passage, quelques coups de crocs de l'animal agacé. Mais la poupée se comporte comme un jeune chiot inconscient et continue. Elle s'amuse trop. Accrochée à son pelage, les voici parties dans une folle cavalcade, traversant ruisseau et petit bois. Et pour finir, après quelques roulés-boulés, s'arrêtent au milieu d'une clairière, haletantes. La partie est finie. Louve devenue mère d'adoption observe la poupée de son regard indulgent. Et cette dernière ira fréquemment se mettre à l'abri entre ses pattes lorsque les tempêtes lui feront peur. La louve ne sera jamais loin. Même dans l'absence.
Mais la poupée s'était perdue. Elle s'était déjà bien éloignée de son point de départ. Mais surtout, ne savait pas s'arrêter et était encore toute énervée par le jeu, quand un géant passait tout près. Il la regarda juste un instant. Les paroles qu'il prononça semblèrent une merveilleuse invitation à s'amuser. Elle ne pû résister au plaisir de le poursuivre de ses agacements, grimpant jusque sur son ventre... Et ça marchait ! Au delà de ce qu'elle aurait pensé. Jamais elle n'aurait imaginé qu'une si grosse bête puisse être à ce point chatouilleuse. Bon sang, ce que cela pouvait être drôle !...
Jusqu'à ce qu'il parvienne à attraper entre ses doigts cette petite chose gesticulante. Il la regarde, l'observe, s'amuse de la voir s'agiter dans le vent. Comment une si minuscule poupée peut-elle être aussi remuante ? Il aurait pû la déposer sur le sol et d'un pas disparaitre, mais choisit de la placer dans une poche, située juste sur son coeur. Et il faut admettre que la poupée s'y trouve bien. De là haut, elle se sent portée, plus grande. Plus forte aussi, puisque rien ne l'atteint plus. La forêt ne lui parait plus si imposante. Elle se sent à sa place, même si chaque pas du géant l'éloigne un peu plus de sa terre d'origine. Grisée par l'altitude elle ne s'en préoccupe pas. Et puis, elle aime grimper jusque sur son épaule, faire des plaisanteries à son oreille. Il en rit. Elle adore ça. Tout parait tellement plus facile. Ses capacités sont comme décuplées... Pourquoi ?
Mais les géants ne sentent pas leurs forces. Et lorsqu'il s'amusait à son tour, il ne faisait pas toujours attention. C'était drôle, après tout, de, soufflant dessus, la voir s'envoler et attérir dans les herbes. Ou bien de la faire tomber à la renverse d'une simple pichenette. En retour, elle le bombardait de coups de poings et de pieds aussi légers que la plume... Pour aussitôt remonter s'installer au creux de son cou. Alors comment ne pas en rire ?
Mais un jour vint, où le géant sorti de la forêt, en y laissant la petite poupée. Celle-ci pleurait longtemps. Le territoire lui semblait à nouveau si sombre et puis, elle était perdue, ne reconnaissait rien et ignorait comment remonter vers la lumière. Les lucioles qui l'entouraient ne parvenaient ni à la consoler, ni à la porter. Elle errait. Longtemps. Parfois, le géant faisait une apparition, posant un regard, puis repartait.
La poupée aurait bien aimé que juste une fois il oublie l'heure et s'endorme sur le sol. Elle en aurait profité pour se blottir dans son cou. Et il l'aurait trouvé, installée là, à son réveil. Ayant appris à maîtriser ses gestes, un peu, il l'aurait déposé doucement sur sa main. Tous deux se seraient regardés en silence un long moment et se seraient compris.
Mais, évidemment, la poupée ne saurait se retenir bien longtemps de rire et de chahuter. Le géant de la bousculer.
Pourraient-ils, faisant cela, simplement se tenir par la main et regarder l'horizon ?
Ou non, mieux, tous deux assis. Le géant sur le sol. La poupée sur son épaule. Faire simplement face à l'immensité.
Elle aimerait.